En Occident, du temps de Claude Ptolémée, le centre du monde connu était Alexandrie. Le "prince des astrologues" naquit probablement dans la partie centre-nord d'un cercle qui aurait pour centre ce cœur très cosmopolite du monde antique fréquenté par les grands esprits de ce temps qui y consultaient tous les ouvrages de science et d'art produits par la culture de cette époque.

carte du monde connu selon Hérodote
carte du monde connu selon Hérodote, -450 av JC

Vers 155 Ptolémée commence à rédiger le Tétrabiblos, somme de ses sentences concernant l'interprétation de la course des astres dans les signes du zodiaque en se documentant auprès des œuvres de Bérose, un prêtre chaldéen du IIIème siècle av. J.-C auquel on attribue une sentence sur les syzigies :

Bérose le Chaldéen
Bérose le Chaldéen

Quand toutes les planètes se furent rassemblées dans l'Écrevisse, il y eut un déluge d'eau. Lorsqu'elle seront toutes unies dans le Capricorne, ce sera un déluge de feu. 

(Sympa !)

(Syzigie = alignement de planètes conjointes ou opposées les unes aux autres | L'Écrevisse = le Cancer)

Claude Ptolémée produit une analyse très savante pour son époque en se penchant même, dans le Livre II de son Tétrabiblos, sur les "Les caractères généraux des peuples par latitudes entières". Il y aborde le tempérament des humains en fonction du climat des lieux qu'ils habitent, illustrant son propos de métaphores astrologiques tirées de la nature des quadrants par lesquels il divise le monde selon les points cardinaux et les affinités des pays avec les trigones (triangles de signes zodiacaux de même élément sur le cercle de l'écliptique) et les planètes comme "maîtresses" de ces signes, s'appuyant sur l'influence de la latitude comme rapprochant ou éloignant de la chaleur du soleil, astre central dont les rayons "réchauffent le tempérament" des habitants du pourtour de la Méditerranée et "brûlent la peau des africains" plus couramment appelés "éthiopiens".

Le premier (quadrant) est situé vers le nord-ouest du monde habité pris dans sa totalité. Il embrasse la Gaule celtique, que nous appelons d'un terme général Europe.

Plus loin dans le chapître 3 il commente le caractère et les moeurs des hommes de cette partie des terres du nord-ouest,

... rebelles à la soumission, épris de liberté, attachés aux armes et aux durs travaux, très belliqueux, faits pour commander, probes et généreux." (...) ... ces peuples n'éprouvent pas de passion pour les femmes et méprisent les plaisirs de l'amour hétérosexuel. Ils sont en revanche bien plus portés aux rapports sexuels avec des hommes et y mettent beaucoup d'ardeur. Cela ne leur paraît pas honteux, et, malgré une telle disposition d'esprit, ils ne deviennent pas pour autant efféminés et lascifs. Loin d'être prédisposés à la passivité, ils gardent un esprit viril, sociable, sont loyaux, attachés à leurs proches et généreux.

Cette sentence reflète peut-être un truisme assez courant en France consistant à supposer une homosexualité congénitale dont seraient affectés les anglais (les homos, ce sont les autres !), croyance partagée par Édith Cresson de qui fut rapporté en 1991 - alors qu'elle occupait Matignon sous la présidence de François Mitterrand - un propos délivré en 1987 lors d'une conversation confidentielle :

La majorité des hommes (dans les pays anglo-saxons) sont homosexuels - peut-être pas la majorité - mais aux USA il y en a déjà 25 %, et au Royaume-Uni et en Allemagne c'est bien pareil. Vous ne pouvez pas imaginer ça dans l'histoire de France... Je considère qu'il s'agit d'une sorte de faiblesse.

On croirait entendre Poutine avant l'heure !

Le Royaume Uni se trouve effectivement au nord-ouest de la France ! (on sent passer le vent du boulet). De toute évidence, si les gaulois étaient tous des pédés, ça ne se serait certainement pas su ni admis de sitôt parmi un peuple auquel on a appris que ses ancêtres étaient les Gaulois. Le paradigme de Ptolémée est incompatible avec la morale chrétienne de la Gaule d'aujourd'hui, la France, "fille aînée de l'Eglise" (mdr) formatée de morale catholique, où il est peu probable ni même concevable que les français pussent un jour se dire que leurs ancêtres étaient tous des pédés !

Quid des Germains ? Anyway, Claude Ptolémée les situait au nord-ouest d'Alexandrie.

"Homosexuel", un mot pas très antique ! 

Pourquoi - diable ! - Ptolémée fit-il référence à cet aspect de la vie sociale des peuples d'Europe occidentale ? On pensera d'abord à la fidélité de la traduction comme élément d'incertitude, étant établi que le mot se diffuse durant la seconde moitié du XIXème siècle et devient dénotatif d'une identité sexuelle. Ptolémée employa-t-il le terme "hétérosexuel" ? Parlait-on comme aujourd'hui de "rapports sexuels" et que dire du choix d'opposer "amour hétérosexuel" et "rapports sexuels" (avec des hommes) ? Que sait-on réellement des termes employés par le Prince des Astrologues, de leurs connotations et leurs résonances dans les esprits de cette époque ?

Aller se faire voir chez les Grecs, vraiment ?

(Scène de banquet (vers 480-490 av. J.-C.). Fresque de la tombe du plongeur à Paestum (Italie). Détail de la fresque dite des amants.)
(Scène de banquet (vers 480-490 av. J.-C.). Fresque de la tombe du plongeur à Paestum (Italie). Détail de la fresque dite des amants.)

Savait-on que les grecs, s'ils ne dédaignaient pas la pédérastie, n'avaient que mépris envers les hommes efféminés, fussent-ils libres et aristocrates, ainsi que pour leurs amants, et que la conformité aux bonnes moeurs voulait que l'un des partenaires soit nécessairement "féminisé" par son plus jeune âge ou sa condition d'esclave ? Existait-il des versions contradictoires de ce point de vue historique des rapports entre hommes cinq siècles auparavant ? De quelles considérations faisaient l'objet les couples d'hommes du même âge ? Pas des meilleures semble-t-il, au point qu'il valait mieux choisir de s'exiler au sud-ouest de l'Italie pour avoir la paix ! Quel poids ont eu les modèles fournis par les mythes dans l'élaboration d'une conception des relations masculines à Athènes et à Rome et jusqu'à quel point le regard de Ptolémée en fut-il affecté ? Il est certain que cet érudit a lu les œuvres d'Aristote où ce dernier s'exprime ainsi :

... chez les peuples celtes, les hommes aiment s'ébattre à trois sur des peaux de bêtes, et que leur goût pour ces pratiques les amène à négliger leurs femmes, pourtant très jolies ; ou encore qu'ils proposent volontiers leurs faveurs à d'autres hommes et s'estiment offensés par le refus, ce qui semblerait indiquer qu'ils ignorent le discrédit attaché dans d'autres sociétés ...

Kicékifélafam ? 

gayPourquoi et de quelle manière les sociétés en vinrent à condamner sévèrement les relations homosexuelles et tout particulièrement celles entre hommes ? Je pense qu'il y a une réponse extrêmement simple et vous l'avez déjà dans le titre de cette section. Il tombe sous le sens qu'une société patriarchale où le virilisme des hommes tient souvent lieu d'attitude socialement désirable est peu portée à tolérer ce qui de près et même de loin relève de la féminité dans la conduite d'un homme. Aussi les "hétéros de base" se posent-ils régulièrement la question de "qui fait la femme" dans un couple de mecs. Nos mentalités restent encore très proches de celles des Antiques en dépit de réels progrès sociétaux réalisés depuis l'après guerre et tout particulièrement durant la septième décennie du XXème siècle.

Ailleurs qu'en Occident, les homosexuels mâles n'ont le plus souvent d'autre choix que de changer de genre à défaut de sexe comme seul moyen de se voir mieux tolérés dans la société comme c'est le cas en Asie du sud-est ainsi qu'en Amérique centrale et du sud où le machisme reste une sorte d'idélogie dominante.

Ptolémée, astrologue, visionnaire, ou les deux ? 

Il semble en effet que l'Occident chrétien se soit métamorphosé et que les représentations sociales de l'homosexualité se soient profondément transformées en dépit de quelques résistances en provenance de milieux comptant des hommes pour qui la confiance en soi relève davantage d'un désir conçu comme un besoin, dont la sexualité incertaine les conduit à surjouer leur genre par des comportements agressifs.

Le fait est à ce jour que le mariage pour tous est une réalité dans la grande majorité des pays occidentaux.

J'ajoute en conclusion que la fécondité moindre des peuples occidentaux en regard des autres tient davantage au développement économique et l'émergence d'une classe moyenne qu'à une soi-disant "féminisation" de l'Occident comme insiste de le croire le taré qui gouverne la Russie.

Allez bye, et que les dieux vous soient propices !

lien : Homosexualité dans l'Antiquité (Wikipedia)

 

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